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La globalisation n’est pas un phénomène économique
Réflexions au sujet de la propagation dans l’humanité de l’idée d’un « Homme spontané »
10 avril 2007Présentée comme un phénomène essentiellement économique, dont l’irruption dans l’histoire devait fatalement arriver et serait irréversible, la globalisation échappe à notre réflexion au même moment où ce phénomène a le plus d’impact sur l’histoire de l’humanité. Et si nous nous trompions complètement à son sujet ? Les illusions Pour d’autres, au delà du commerce des biens et des services, la globalisation serait culturelle : au cÅ“ur du phénomène économique, il y aurait un syncrétisme culturel global, formidable expression de l’unité du genre humain, avec une "world-culture" et ses déclinaisons : "world-music" ou "world-food"... Pour d’autre encore elle serait une globalisation par l’information : grâce aux nouvelles technologies de l’information et de la communication, le monde serait devenu un village global, où tout se saurait partout en temps réel, où le proche et le lointain seraient désormais indistincts, engendrant une conscience humaine différente de ce qu’elle fut par le passé, ce qui transformerait toutes nos représentations. Sans nier que ces phénomènes existent et ont un impact sur la vie que nous sommes en train de vivre, nous affirmons que ces aspects de la globalisation ne sont que l’écume de celle-ci. Toutes ces pistes confondent le phénomène avec le principe qui l’anime. Ce qu’il nous faut identifier, c’est la tournure d’esprit qui rend possible cette transformation générale de toutes les sociétés humaines, en les alignant sur une version particulière du développement économique, culturel, politique et social, parmi tous ceux possibles. Remarquons juste qu’il suffirait d’une règle du commerce mondial qui permettrait de mettre des barrières douanières sur les importations de produits fabriqués dans des pays à "bas coûts", qui sont aussi des pays sans législation sociale, sanitaire et environnementale exigeante, pour que les porte-conteneurs, aussi grands et modernes soient-ils, ne puissent plus déverser chez nous leurs marchandises comme ils le font. Le progrès technique est un moyen de ce qui se passe dans le monde d’aujourd’hui, il n’en est pas le principe moteur. La véritable globalisation La globalisation revient donc à passer d’une part de l’Homme qui sait que ce qui le rend humain c’est la langue qu’il parle, ses règles de politesse, les interdits fondamentaux, les connaissances et les savoir-faire, etc., en un mot les repères symboliques qui lui ont été transmis et qu’il actualise en lui-même, à d’autre part l’Homme qui pense qu’il est humain par lui-même, parce qu’il est né, et que la vérité de lui-même est « dans ses tripes », comme on dit aujourd’hui. La conséquence immédiate de cette disposition d’esprit pour les questions sociales et politiques, est que les règles, les cadres, les lois, les limites qui, pour les "Hommes institués", portent la société, deviennent insupportables aux "Hommes spontanés". Ils développent alors toutes sortes de discours autour d’une idée de la liberté (puisqu’ils sont libres "naturellement" et non par les lois de leur société) prônant la suppression des contraintes et l’auto-organisation depuis la base, depuis les choses en train de se faire. Ici la globalisation est le remplacement des règles instituées, par des règles réputées immanentes au social, ou dites organiques. Ainsi produisent-ils, entre-autres, des discours sur le marché, la dérégulation, la flexibilité, la libération des Hommes des structures hiérarchiques (qu’ils réduisent à leur version autoritaire), la liberté de circulation des marchandises, des capitaux et des personnes. Dans cette tournure d’esprit, l’Etat, les règles et les limites qui cadrent la vie en train de se vivre, sont l’ennemi. De ce fait, il faut que nous ayons bien à l’esprit que le "néo-libéralisme", par exemple, n’est pas seulement le fait de riches hommes d’affaires, pressés de disposer de règles leur permettant de s’enrichir plus encore, mais de tout un chacun qui se laisse séduire par les promesses d’une humanité libérée des repères symboliques qui rendent les homo sapiens sapiens – que nous sommes – humains, parce que nous cédons à l’illusion que notre humanisation pourrait se faire sans une certaine contrainte, sans efforts, sans frustrations, mais spontanément. Nous affirmons donc que c’est la propagation dans l’humanité de ce type anthropologique qui est la véritable globalisation, elle précède tous les autres phénomènes du commerce mondial, de la finance ou de l’information, qui sont communément désignés sous ce terme. Ces manifestations ne sont en fait que des conséquences de la transformation de nos esprits. Comment cela a-t-il été rendu possible ? C’est parce que, dans ce contexte, nous nous sommes imaginés que tous nos besoins pourraient être ainsi satisfaits, voire que nous étions peut-être même réductibles à ces besoins, et donc qu’un humain n’était pas construit par des repères symboliques transmis, que nous nous sommes engagés sur la voie de la globalisation en jetant comme inutiles, obsolètes et même réactionnaires, les limites qu’il eut fallu peut-être actualiser, mais non supprimer. Ainsi aujourd’hui, partageant les valeurs de la globalisation, nous ne sommes plus capables de lutter contre ses conséquences politiques, sociales, économiques et environnementales, bien que nous voudrions leur échapper. Finalement, à la racine de la refondation de notre politique dont nous avons un besoin urgent, il y a cette prise de conscience que nous devons nous penser comme construits par des repères symboliques que l’on nous a transmis, qu’il nous faut les actualiser et non les éliminer en faisant le pari que tout s’auto-organiserait dans le meilleur des mondes possibles. Nous ne récolterions que la désolation de la globalisation et de la société de marché. Aujourd’hui, la France comme le monde ont besoin de politique, c’est-à -dire de mettre en place des limites, des cadres et des repères, pour l’économie mondiale comme pour le reste. Et pour ce qui concerne ce qui est appelé improprement la globalisation, il faut de nouveaux traités pour réguler les monnaies, la finance et le commerce international. Autres articles de la rubrique
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