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Un débat superficiel
4 mai 2007Consternant "divertissement" que le débat télévisé du 2 mai entre les deux candidats du second tour de notre élection présidentielle. Au-delà de leurs approximations, de leurs erreurs et de la comédie que chacun a joué selon son personnage, c’est surtout l’incapacité des deux protagonistes à se hisser à la hauteur d’une politique de la France, dans les enjeux du monde d’aujourd’hui, qui doit révolter les citoyens, car notre futur(e) président(e)... c’était l’un d’eux.
Nicolas Sarkozy était certainement plus précis et S. Royal indiscutablement plus offensive. Mais il est probable que c’est Mme Royal qui a le plus déjoué les pronostics. Le pressentiment le plus commun était qu’elle allait se faire tailler en pièces par N. Sarkozy. Ce ne fut pas le cas, un peu comme durant les débats internes au Parti Socialiste, mais cette fois cela sera probablement insuffisant pour elle. Cette posture a fonctionné au PS, mais il est improbable qu’elle fonctionne dans la nation. Cependant, quelles que soient les appréciations sur les avantages réels ou supposés retirés par les deux acteurs de ce spectacle politique, le débat, quant à son contenu, a été trop superficiel pour que les dits acteurs puissent être pris au sérieux. Un unique projet de normalisation Au vu de leurs propos, on avait l’impression d’assister à un débat entre des candidats à un poste de gouverneur d’une province d’un empire, tant il était difficile d’imaginer qu’ils se présentaient à l’élection présidentielle de la République française, qui est normalement toujours indépendante et même un pays dont la voix est encore puissante dans les relations internationales, quand elle n’est pas, n’en déplaise aux repentants et aux déclinistes, attendue et souhaitée par ceux qui sont soucieux d’échapper à l’unilatéralisme états-uniens. Mais force est de constater que cette façon de penser la France est inaccessible à nos deux prétendants à la magistrature suprême. L’impossibilité de prendre les problèmes à la racine Quant à l’idée que notre pays aurait quelque chose à dire et à proposer sur ces grands enjeux, elle était encore plus absente de ces 2h30 de contradictions insignifiantes. Enfin, ces grands défis d’aujourd’hui qui auraient dû être à la base du débat entre des propositions contradictoires, comme ils n’ont pas été tirés dans la lumière du débat, ils s’en sont trouvés validés et naturalisés par des bavardages superficiels, et de ce fait transformés en une nature des choses politiques et économiques, en un décors dans lequel nous n’aurions aucun moyen d’agir, mais juste le choix entre deux formes de vaines agitations. Or, toute politique pour la France aujourd’hui est et sera nécessairement une politique pour combattre intelligemment les dérégulations qui ont livré le bien commun au jeu des intérêts privés et de l’argent, une politique qui s’opposera à la globalisation avec la vigueur nécessaire. Toute politique pour la France doit s’appuyer sur une politique étrangère, dont nous n’avons pas vu le début du commencement mercredi. Un tiers-candidat, un autre diagnostic, une autre politique En tout premier lieu, ce troisième candidat aurait exposé le point obscur commun aux deux candidats officiels, à leurs analyses et à leurs projets en matière de travail, de retraite, de fiscalité, de budget de l’Etat, de délocalisation et de tant d’autres sujets : en effet, à la racine de toutes ces questions, il y a toujours le fait que sous les coups des dérégulations, dans l’essor de la globalisation ces 30 dernières années, la part salariale (salaire net + cotisations sociales + impôts) dans notre Produit Intérieur Brut a perdu 10%, passant de presque 70% en 1975 à moins de 60% en 2005, ce qui dans le même temps a fait passer la part de la rente d’un peu plus de 30% à plus de 40%. Ainsi, pour le PIB actuel de la France, environ 1500 milliards d’Euros par an (10.000 milliards de Francs), cette perte annuelle de 10% représente 150 milliards d’Euros (1000 milliards de Francs) qui sont passés des salaires au sens large (salaire net + cotisations sociales + impôts) à la bourse, soit une perte quotidienne de 411 millions d’Euros pour le monde du travail (2,7 milliards de Francs par jour), soit encore 15 Euros (100 Francs) par actif et par jour, qui au lieu d’alimenter notre pouvoir d’achat, les différents comptes de la Sécu et les impôts, passent dans le circuit de l’économie financière pour ne plus jamais en revenir si ce n’est sous forme de contraintes supplémentaires qui engendrent des captations supplémentaires de la richesse du travail. Ne partant pas de ce diagnostic premier, de cette prise de conscience indispensable, les deux candidats ne font qu’accepter et entériner le cadre des politiques actuelles, qui est celui de la globalisation, et nous demandent de nous soumettre, ainsi que notre pays, à cet ordre mondial qu’il faudrait au contraire combattre intelligemment. A partir de là , toutes les promesses qu’ils peuvent faire, d’enrichissement par le travail ou d’une quelconque redistribution, ne sont que des illusions, des leurres, des vÅ“ux pieux, qui n’arrêteront pas l’alignement de nos conditions de vie sur celles des pays à "bas-coûts", les pays sans droits politiques, sociaux, syndicaux, environnementaux, dans lesquels la situation ne s’arrangera pas davantage. De là viennent chômage, flexibilité, précarité, baisse du pouvoir d’achat, politiques monétaires qui favorisent l’argent et non le travail, augmentation des inégalités, soumission des Etats et de la politique à la dictature des marchés. Et pour s’attaquer à ces conséquences, il faut se saisir de la cause et ils en sont loin. Le cas de l’Europe Nous pourrions multiplier à souhait ces analyses qui montrent combien dans leur façon d’énoncer leurs propositions, Ségo et Sarko partent d’un diagnostic partagé, dont le présupposé est la nécessité de la soumission de la France à la globalisation et aux intérêts privés. Leur seule ambition est de faire de notre pays un nouveau pays scandinave pour S. Royal ou une deuxième Angleterre pour N. Sarkozy. Etre réduit à devoir choisir entre l’un ou l’autre candidat est cruel. Aussi, plus que jamais nous appelons les citoyens à nous rejoindre pour qu’ils participent à poser avec nous les bases d’un rassemblement politique qui, indépendant des partis hégémoniques et appuyé sur ce qui nous reste de la France, sur le programme de plateforme2007, nos analyses et notre capacité de travailler et de nous organiser, nous permettra de remonter la pente sur laquelle nous dévalons dangereusement en ce moment. Autres articles de la rubrique
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