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Retour sur un acte de piraterie politique
La communication de la marque "Ségolène"
21 juin 2007En pleine soirée électorale du deuxième tour des législatives, une information de "première importance" a fracassé le ciel de la politique française : les Hollande-Royal se séparent. Cette information n’était ni une coïncidence, ni une indiscrétion, mais un acte de piraterie politique : délibérée, préméditée, exécutée avec sang froid par Ségolène Royal et ses collaborateurs, cette sortie est un modèle de communication politicienne.
Alors que les uns et les autres essayaient tant bien que mal de parler de politique sur les plateaux de télévision, la Ségolène a à nouveau sévi : au moment où on s’y attendait le moins, vu le sérieux des discussions et des circonstances, en experte de la communication elle a étalé ses histoires de couple sur la place publique, afin de faire l’événement, afin d’être, coûte que coûte, au cÅ“ur des discussions de ce soir-là , devant des millions de téléspectateurs. Comme Attila semait la dévastation sur son passage, Ségolène Royal ravage notre débat public en le pipolisant. Pourquoi ? Comment ? La marque "Ségolène" Cette "relation à une marque" des consommateurs est une relation de complicité, personnelle, intime. De la même façon que les agences de communication de Danone ou Nike (ou ce que vous voudrez) construisent des salves de messages pour que leurs consommateurs les comptent parmi les références de leur existence, Mme Royal et les spécialistes de sa com’ exploitent délibérément les thématiques de l’intimité pour à la fois compléter le matraquage médiatique dont dépend sa notoriété et pour construire de la proximité, de l’empathie, le sentiment d’une relation de complicité avec les consommateurs-électeurs. N’en doutez pas un instant, cette façon systématique et adroite de faire irruption dans le débat en mêlant du politique et du pipole n’est pas le fruit du hasard. C’est pour franchir la distance importante qui existe forcément entre une énarque des beaux quartiers et les citoyens en général et construire une identité de proximité avec eux, pour devenir une familière de la vie des gens, et en tout cas pour l’être plus que tous ses concurrents, que S. Royal se donne en spectacle depuis longtemps : dans sa chambre de maternité avec son dernier né, jouant au badminton avec sa fille, en bikini sur une plage, en faisant ce qu’il faut pour qu’on sache l’implication de son fil aîné dans sa campagne, en demandant François Hollande en mariage par médias interposés, ou en le congédiant pour qu’il aille continuer sa vie sentimentale ailleurs, toujours dans les médias. De plus, en ne se présentant pas seulement comme une femme comme les autres, mais comme une "victime" et une "femme courageuse", Mme Royal espère quelque jackpot de sympathie. Bien joué, mais ça pourrait nous rendre curieux : où continuait-elle, elle, sa vie sentimentale ? F. Hollande est-il le seul à avoir refait sa vie ailleurs ? Quoi qu’il en soit, le comble de l’hypocrisie est atteint, dépassé et pulvérisé quand l’intéressée annonce pour se justifier que c’est « pour protéger mes enfants » qu’elle a agi comme elle l’a fait. Remarquez enfin que cette façon de faire de la politique tissée de grosse ficelle pipole est la même que celle utilisée par N. Sakozy grand complice de Mme Royal en la matière, et parfois même précurseur. En tout cas, dans le personnel politique actuel, ceux qui dominent les débats se sont aussi livrés à la pipolisation : DSK, Fabius, Borloo, Bayrou depuis cette présidentielle... « Bien entendu c’est off » Ceci n’est plus un débat public mais un spectacle : entre le spectacle de rue et la chasse au trésor, le public suit un ensemble hétéroclite de happening pour comprendre. Mais dans ce spectacle il n’y a pas de scénario, c’est du théâtre d’improvisation, niveau telenovela pour la piètre qualité. Enfin, pour maintenir les spectateurs en haleine, il est besoin de messagers qui propagent le suspens, les soubresauts des joutes, les bruits, les rumeurs et les formules les plus piquantes, faisant de ce qui devrait être de l’information un divertissement. Au fait, ces auxiliaires s’appelaient jadis des journalistes. Autres articles de la rubrique
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