mercredi 8 septembre 2010  coup d'Etat parlementaire (8 fév.) + 943 jours recherche :  
 
RCR    plateforme2007
ciel
  Accueil > Actualités

  Commentaires
 

 


Non au coup d'Etat parlementaire
Le RCR dit non au coup d'Etat parlementaire
Écrivez à vos parlementaires


La vision internationale simplifiée de Nicolas Sarkozy
20 août 2008, par Emmanuel Tétu

Dans une tribune du Figaro, Nicolas Sarkozy revient sur son action auprès de la Russie et de la Géorgie dans la crise en Ossétie du Sud. Les enseignements qu’il en tire font appel à une simplification extrême de la situation internationale et européenne, conduisant à la dissolution de la politique étrangère de la France dans une diplomatie européenne encadrée par l’OTAN.

L’action de Bernard Kouchner et de Nicolas Sarkozy dans les jours qui ont suivi le déclenchement des hostilités en Ossétie du Sud a fait l’objet de commentaires très positifs : la France agissant au nom de l’Union européenne au service d’un accord d’urgence pour interrompre le conflit.

Si l’incendie semble provisoirement contenu, cette crise a révélé l’aggravation des tensions entre les États-unis et ses alliés "occidentaux" et une Russie affirmant ses prérogatives, qui perçoit comme un menace l’élargissement de l’OTAN et l’installation de bases militaires américaines à ses frontières.

Dans ce contexte et comme cela a toujours été le cas, l’enjeu pour la France et le moyen de défendre tant ses intérêts que le règlement diplomatique des déséquilibres du monde, est de rester indépendante, de garantir ses marges de manÅ“uvre et sa capacité de proposer à ses partenaires une régulation politique des intérêts des différentes nations. Le succès partiel dans la crise géorgienne ne fut possible que par ce qui reste de ce positionnement et de la politique internationale "traditionnelle" de la France.

Malheureusement, n’étant pas à une contradiction prêt et fidèle à sa volonté de rompre avec ce qui fait notre spécificité dans le monde, Nicolas Sarkozy vient dans une tribune parue dans de le Figaro, de confirmer une nouvelle étape d’affaiblissement de notre pays en tirant des enseignements surréalistes des évènements de ces derniers jours. Il affirme d’une part que « l’Europe (comprendre l’Union européenne) a répondu présent » dans cette crise, et d’autre part qu’avec « le traité de Lisbonne (..) l’UE aurait été dotée des institutions dont elle a besoin pour faire face à une crise internationale ».

Dans les deux cas, une analyse plus approfondie permet immédiatement de contredire ces simplifications hasardeuses.

Tout d’abord, il est important de noter que l’Union européenne, n’est pour rien dans l’action de Nicolas Sarkozy. Celui-ci a simplement profité de la présidence effective de l’UE pour présenter une action de la diplomatie française dans un emballage européen. Angela Merkel n’a dans un premier temps pas réagi, peut-être dans le but de ne pas s’impliquer directement et de ménager ainsi tant ses liens économiques et énergétiques avec la Russie, que ses liens politiques avec les États-unis dans le cadre de l’OTAN. Toutes les actions qui ont suivi laissent apparaître que ce n’est pas l’UE qui a agi en tant que telle :
- Les présidents de la Pologne, de la Lettonie, de la Lituanie et de l’Estonie se sont rendus à Tbilisi le 13 août pour apporter leur soutien au président géorgien ;
- L’Allemagne ne s’est pas contentée d’être représentée par le président Français en exercice de l’UE, puisque Angela Merkel est elle-même allée rencontrer les autorités russes puis géorgiennes. Elle a indiqué au président Saakachvili : "la Géorgie sera membre de l’OTAN", alors qu’elle s’était opposée, avec la France, à l’entrée immédiate de ce pays et de l’Ukraine, lors du dernier sommet de l’organisation atlantique ;
- Le britanique David Miliband, a réclamé durant la réunion des ministres des affaires étrangères de l’EU, que celle-ci réexamine sa position, en faveur d’une condamnation de la Russie dans ce conflit ;
- Les dirigeants polonais ont dépassé leurs hésitations et la réticence de leur population en acceptant juste au même moment l’installation de rampes de lancement de missiles américains sur leur territoire, renforçant un peu plus les tensions avec la Russie.

Chacun a joué sa propre partition avec comme point commun un rapprochement des positions de Washington et de L’OTAN et donc un éloignement de toute politique étrangère européenne indépendante, décidément de plus en plus chimérique.

Pour ce qui est de la nécessité pour l’Europe de se doter des institutions contenues dans le traité de Lisbonne : « président stable du conseil européen », « haut représentant doté d’un véritable service diplomatique européen et de moyens considérables », comme le révèle sans aucune réserve l’auteur de la tribune, elle ne peut en aucun cas permettre une politique européenne propre mais tout simplement une absorption dans l’alliance atlantique puisque l’attachement d’une majorité des pays membres de l’UE est très nettement celui-ci et que la compatibilité entre la politique de l’Union et celle de l’OTAN est tout simplement imposée noir sur blanc dans ce traité [1].

Cette vision simplifiée s’accompagne toutefois d’une certaine cohérence, puisque toutes les actions de Nicolas Sarkozy convergent : adoption du traité de Lisbonne et retour plein et entier dans l’OTAN. Au passage les contreparties souhaitées n’ont pas été obtenues puisque les États-unis n’ont pas accordé le commandement de la zone sud de l’alliance à un européen, comme il le demandait, mais cela n’est pas suffisant pour ébranler son action.

En conclusion de ce même texte il souhaite que ce nouveau conflit n’entraîne pas des « conséquences (qui) pourraient être catastrophiques, s’il se révélait être annonciateur d’une nouvelle guerre froide ». Le moins que l’on puisse dire est que les dirigeants européens préparent actuellement les conditions qui ont déjà anticipé cette perspective. La question est de savoir s’ils n’y contribuent pas de façon décisive.

[1] Section 2 Article 28A alinéa 7 du "traité sur l’Union européenne", dans sa version modifiée par le traité de Lisbonne.


Facebook Wikio Diggit Delicious Google Live Myspace Scoopeo Technocrati Twitter
 Forum       0 commentaire(s) ; ajouter le vôtre
Autres articles de la rubrique
Soin palliatif pour campagne électorale en déshérence 3 juin 2009, par François Bunner
La fable du chasseur et de l’ours... et de l’électeur 3 juin 2009, par François Bunner
L’OTAN dans les faits 30 avril 2009
OTAN : réduits à choisir entre les "hommes d’Etat" et les casseurs ? 7 avril 2009
Nicolas, Carla et Bernard jouent à la diplomatie pipole 23 août 2008
Un conseil municipal vote pour la viande hallal dans les cantines scolaires 12 juillet 2008
Toute honte bue 4 février 2008


plan nous contacter infos légales rss RSS