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"Laïcité" tout court
Réplique à la formule scélérate de "laïcité ouverte"
12 septembre 2008Dans son discours du jour, lors de la cérémonie destinée à accueillir le Pape Benoît XVI pour son voyage en France, Nicolas Sarkozy s’est à nouveau livré à sa provocation favorite au sujet de la laïcité en souhaitant qu’advienne une laïcité qu’il qualifie de "laïcité ouverte". Ce faisant il s’est une fois de plus écarté de son rôle constitutionnel et de la culture politique de notre pays.
Précisément, le locataire de l’Elysée a affirmé ce midi au sujet du dialogue qu’il souhaite avec les religions : « C’est pourquoi j’en appelle une nouvelle fois à une laïcité positive : une laïcité qui rassemble, qui dialogue, et pas une laïcité qui exclut ou qui dénonce. » Point n’est besoin d’adjectif qualificatif Qu’il existe des versions virulentes, anti-religieuses, de la laïcité est un fait que personne ne songe à nier. La laïcité permet d’ailleurs à ces sensibilités d’exister et de s’exprimer, mais leur demande en retour de ne pas chercher à imposer leurs choix matérialistes ou agnostiques à l’ensemble de la communauté des citoyens. Notons au passage que ces versions parfois agressives ont souvent été renforcées par les agissements contre la laïcité. Quoi qu’il en soit, l’existence de cette version virulente n’est pas toute la laïcité, loin s’en faut, et c’est une véritable provocation que d’oser l’affirmer. Aussi, ce n’est pas la laïcité ordinaire qu’il s’agit de distinguer, mais au contraire sa version virulente. Que ceux que cette affaire préoccupent l’appellent donc "laïcisme", voire "laïcité fermée" puisque cette métaphore les séduit tant. Mais définir cette version minoritaire comme "La laïcité", en faisant croire que notre laïcité aurait cette virulence et enfin en l’escamotant par une "laïcité ouverte", qui aurait en plus nécessité une modernisation, revient à délibérément chercher à jouer un mauvais tour à cette référence fondamentale de la politique française, qui est le fruit d’une longue maturation et est désormais si précieuse à notre paix civile. Il faut vraiment ne rien comprendre à l’histoire et à la sagesse de notre pays pour s’aventurer sur ce terrain. Comparaisons Que dirions-nous, démocrates, si on nous contraignait à désigner nos convictions politiques par la formule de "démocratie ouverte" ? Nous protesterions, réclamant que l’on parle le plus simplement du monde de la "démocratie" en accusant à juste titre les rhéteurs qui nous joueraient ce mauvais tour, d’être des personnages malveillants et scélérats. Eh bien, il en est de même avec la laïcité. Et il faut encore affirmer que ceux qui finassent en brodant des adjectifs autour de notre laïcité, veulent la transformer, voire même la faire disparaître afin de pouvoir faire jouer à l’avenir aux communautés religieuses un rôle caritatif que la politique ultra-libérale qu’ils mènent rendra aussi socialement nécessaire, qu’ils auront rendu la solidarité salariale et l’action de l’État impossibles. Quant à Benoît XVI Dans l’avion qui l’emportait à Paris, Benoît XVI a dit « la religion n’est pas politique et la politique n’est pas la religion », paraphrasant une phrase célèbre. Sur cette bonne base laïque nous voudrions lui faire entendre que la laïcité appartient à la politique de la France, qu’elle est l’un de ses repères les plus précieux et qu’il serait bien imprudent de la déstabiliser en ces temps tourmentés qui menacent de l’être plus encore. Le Pape a le droit de demander que les catholiques disent ce qu’ils pensent avoir à dire, mais en aucun cas au prix d’une déstabilisation d’un trésor aussi précieux pour la Res-publica des Français. Nous autorisant à notre tour une paraphrase de Benoît XVI, nous lui dirions qu’il faut — aussi sérieusement que pour lui les choses de la foi sont à l’Église — rendre la laïcité à la politique de la République [1]. [1] et au petit Nicolas, sa pelle et son seau. Autres articles de la rubrique
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