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OTAN : réduits à choisir entre les "hommes d’Etat" et les casseurs ?
Réflexion sur un "beau" coup de guerre de l’information
7 avril 2009

A l’occasion du sommet de l’Otan de Strasbourg, la couverture médiatique qui a été donnée aux événements a poussé à l’extrême la mise en forme binaire de la problématique de l’Otan. Depuis les préparatifs, l’enchaînement des circonstances a inexorablement monté en épingle l’opposition entre deux mondes : le camp de ceux qui étaient pour, symboliquement rassemblés autour de l’organisation du sommet, le camp de ceux qui étaient contre, qui faute de débat sont d’abord restés indistincts, puis au moment décisif, ont été symboliquement rassemblés autour du "contre-sommet". Hors de ces deux postures : un néant médiatique et un néant démocratique.

Avant le sommet, il a été impossible de parler de l’Otan, d’avoir le moindre débat sérieux. Face aux "élites" dominantes, favorables à la réintégration de la France au commandement militaire intégré de l’Otan, les opposants n’étaient que des individualités. Aucun référendum n’a été convoqué et il n’y eut qu’une parodie de débat parlementaire. Dans les médias, comme sur la question de l’Union européenne ou de sa "constitution" en 2005, c’est toujours la même pensée unique qui domine outrageusement et incline systématiquement pour le supra-national en écrasant tout sur son passage. Les dissidents ont certes la possibilité de s’exprimer sans risque pour leur vie, mais le contrôle des esprits par ce tapage médiatico-politique est tel que le mur reste encore infranchissable.

Puis vint ce sommet à Strasbourg. A en croire nos médias d’"information", il n’y aurait que deux postures possibles.

Première possibilité, réaliste : on serait favorable à l’Otan, on approuverait sa volonté de propager la démocratie dans le monde entier, serait-ce par la menace ou la force militaire, on trouverait pertinent de mener la "guerre contre le terrorisme". Il faudrait aussi considérer comme logique la réintégration de notre pays dans le commandement militaire intégré, car ce serait nécessaire, moderne, répondant aux enjeux actuels.

Deuxième possibilité à défaut d’entrer dans la première catégorie, la posture chimérique : on ferait alors partie de la nébuleuse des pacifistes, anarchistes, manifestants de tous poils et autres campeurs du village autogéré anti-Otan, dont les plus médiatiques sont incontestablement les casseurs du dit "black-bloc".

Entre nous, quel que soit leur nom ou leur provenance, quels alliés extraordinaires pour les partisans de l’Otan et des "deux postures possibles" ! Si les "black-blocs" n’existaient pas, il faudrait les inventer. Ils donnent un spectacle tellement télégénique, tellement incontournable et tellement incompatible avec le rythme d’une réflexion et d’une information sérieuses, sans pour autant faire partie du camp pro-Otan, que cela vaut bien la peine de dépenser quelques millions pour sécuriser le lieu du sommet et réparer les dégradations, dans la mesure où par leurs exactions ils renforcent avec plus de sûreté que n’importe quel discours, les pouvoirs et les idées pro-Otan, qu’ils prétendent combattre, et qu’on a un peu vite tendance à croire, alors que de toute évidence ils sont des complices, qu’ils en soient conscients ou pas.

Donc en gros, selon cette "ambiance" créée par la couverture médiatique des faits, soit on serait réaliste, soit on serait chimérique, ou bien, soit on serait sérieux, soit on ferait partie de cette nébuleuse plus ou moins rêveuse ou violente, ou encore, soit on ferait confiance aux "compétents", soit on accepterait de son plein gré d’être les complices des casseurs. Au final, ce serait : « nous ou le chaos ». Et c’est par cette manÅ“uvre que dans notre "démocratie" l’opinion a été rabattue sur les positions pro-Otan.

Or c’est là une fausse alternative, il existe évidemment d’autres possibilités pour notre temps. Et n’y aurait-il que cet exemple-ci, la politique gaulliste des années 60 a bien existé. Aussi, en cherchant bien, il est évidemment possible d’énoncer une telle politique pour notre temps [1], mais cela supposerait de vouloir encore faire de la politique et que la France reste dans l’Histoire, plutôt que de s’imaginer pouvoir s’en tirer en jouant au plus malin dans la globalisation.

Faire exister une tierce possibilité dans le débat public

Si vous me permettez, nous avons perdu une bataille de la guerre de l’information, mais pas la guerre de l’information. Pour ceux qui ne se résignent pas à devenir les auxiliaires de la puissance impériale de notre époque, et afin d’avoir une chance de sortir de l’étouffoir dans lequel nous avons été habilement confinés, nous avons donc un double défi à relever conjointement :
1. argumenter, préciser nos argumentations : contre la réintégration de la France dans le commandement militaire intégré de l’Otan et pour une autre politique de défense de la France, une autre politique de sécurité pour la communauté internationale, et une autre diplomatie dans le cadre des Nations Unies.
2. mais pour que ce contenu politique puisse exister, circuler dans le débat public, être entendu par des citoyens et devenir une politique, il nous faut d’abord faire exister la possibilité d’une tierce position face à ce clivage factice "sommet"-"contre-sommet" qui a été propagé dans les esprits par d’habiles communicants et stratégistes et entretenu par la volonté délibérée d’empêcher tout débat. C’est-à-dire qu’avant d’argumenter, avant d’entrer dans le contenu, nous devrons toujours prendre le temps de repérer les catégories implicites de nos interlocuteurs (réaliste vs chimérique) afin de les réfuter, de démystifier les évidences de leurs présupposés ("modernité", "nécessité", "France trop petite", etc.)

En résumé, pour nous extirper du point obscur du débat public dans lequel nous avons a été neutralisés par la non convocation d’un référendum, il nous faudra éviter d’argumenter avant d’avoir détecté sous quelle catégorie d’impossibilité nos interlocuteurs rangent nos propositions. C’est seulement après les avoir déstabilisés que nous pourrons argumenter.


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