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Exaspéré par cette campagne
Il faut redéfinir le clivage avant que ça finisse mal
29 mai 2009Il est enfin de notoriété publique que nous traversons la pire crise économique depuis la guerre. Cependant notre débat "démocratique", comme on dit, ne donne pas le moindre signe de la mobilisation qui serait indispensable. Pire, alors que nous sommes en campagne électorale, ces enjeux sont manifestement escamotés par le même baratin politique qui nous a mis dans l’impasse. Citoyens, il faut qu’il se passe quelque chose, sinon, ça va mal finir.
Triste anniversaire Il y a exactement 4 ans aujourd’hui, avait lieu le référendum sur le traité constitutionnel européen rejeté par un sursaut civique incroyable : une campagne officielle indigne, tant les principaux partis politiques et les grands médias avaient de concert fait campagne en faveur du texte, mais au final la démocratie avait parlé : ce fut « non ». Depuis, bien que les Néerlandais et les Irlandais aient rejoint, à leur façon, les Français dans leur opposition à ce qui se fait en Europe, non seulement "ceux qui nous dirigent" n’ont rien entendu, mais ils ont tout fait pour contourner ce que le peuple a dit. Après mille circonlocutions sur un "mini" traité, on nous sortit la même chose, en beaucoup plus illisible, sous la dénomination de "traité de Lisbonne". Puis ceux qui sont censés nous représenter ont ratifié par voie parlementaire ce que nous avions rejeté, commettant par ce biais un véritable "coup d’Etat parlementaire". La crise qui vient, l’Union européenne et les dérégulations A la mi-2009 personne n’ignore plus que la crise des "subprimes" aux Etats-Unis est devenue une crise bancaire et financière internationale et à présent une crise économique aux conséquences sociales de plus en plus vives, enfin que cette crise nous frappera longtemps encore et plus fort qu’actuellement. Mais ce qu’on ne dit pas, c’est qu’il ne sert à rien de se plaindre des conséquences, ni de stigmatiser quelque Maddof ou Kerviel, si on n’identifie pas les causes du problème : les dérégulations. Depuis tant d’années on a approuvé ou laissé faire les dérégulations, depuis tant d’années certains ont même plébiscité le projet qui a motivé notre alignement sur la globalisation, l’Europe, en laissant opérer l’organe par lequel on nous a infligé les dérégulations : l’Union européenne et sa Commission. Car "Union" voulant dire "la même politique pour tous" et même "les mêmes cadres politiques pour tous", cela conduit fatalement les dites politiques à être minimalistes, c’est-à -dire libérales, ou encore dérégulatrices. Et qu’entend-t-on à l’occasion de cette campagne ? Les mêmes bavards impénitents qui nous promettent les mêmes "merveilleuses politiques européennes" dont nous subissons les conséquences, mais qu’ils continuent de rendre séduisantes par les promesses de leurs discours. Le "partenariat transatlantique" Et les choses ne s’arrêtent pas là , puisque pour continuer cette délirante fuite en avant, les mêmes projettent désormais d’aller encore plus loin dans ces politiques d’intégration dérégulatrices et libre-échangistes sous le nom de "partenariat transatlantique". En 2015 ce projet doit mettre en place « l’intégration économique [de l’Union européenne et des Etats-Unis d’Amérique] pour réaliser un marché transatlantique unifié » (art. 45). Le 26 mars 2009 (il y a quelques semaines, à 8 jours du G20 de Londres), le Parlement européen a approuvé le "Rapport sur l’état des relations transatlantiques après les élections qui ont eu lieu aux États-Unis" par 503 voix pour, 51 voix contre et 10 abstentions (soit 89 % de votes "pour", et à 99 % du groupe PPE où siègent les députés de l’UMP et les centristes, et 98,7 % du groupe PSE, où siègent les socialistes, voyez combien ils sont différents ! [1]). Ce document, qui émane de la Commission des affaires étrangères du Parlement européen, poursuit des initiatives qui remontent au plus tard au début des années 90. Lors du sommet Europe - Etats-Unis, du 30 avril 2007, avait déjà été mis en place le Conseil économique transatlantique, chargé d’harmoniser les réglementations et les normes entre l’UE et les USA, dans le but évidant d’intégrer complètement les deux marchés. Désormais, malgré la crise qui sonne le glas du libre-échangisme et de l’intégration sans fin et pour continuer dans ce sens, le rapport approuvé en mars dernier prévoit dans son article 8 d’ajouter un "Conseil politique transatlantique", « organe de consultation et de coordination systématiques de haut niveau pour la politique étrangère et de sécurité » et dans son article 9 la création d’une "assemblée transatlantique" « servant de forum pour le dialogue parlementaire [...] et pour la coordination des travaux du Parlement européen et du Congrès américain ». Accessoirement dans ce même article on demande « qu’un comité de pilotage [soit] chargé d’améliorer la coopération entre les commissions législatives et les rapporteurs du Parlement européen et du Congrès des États-Unis sur la législation pertinente en ce qui concerne l’approfondissement de l’intégration du marché transatlantique ». Quel média majeur a consacré un dossier sur cette question visiblement d’importance ? Aucun. Quelques sonnettes d’alarmes ont pourtant été tirées (voyez l’article dans Marianne 2, ou Bloc euro-atlantique unifié en 2015 : vers l’Europe servile ?), mais il n’y a rien à faire ça ne prend pas, malgré la campagne des européennes qui est pourtant l’occasion rêvée pour ceux qui ont soutenu à 99% cette politique de présenter et défendre ce projet mirobolant devant les citoyens. Mais les grosses cylindrées de la politique et des médias boycottent le sujet qui contrarierait leurs boniments habituels. Un clivage pertinent pour le débat démocratique sinon ça va mal finir Il faut dire un mot sur la crise du lait, due à la dérégulation des quotas laitiers, et depuis le 1er juillet 2008, à l’impossibilité pour les producteurs de négocier les prix par l’intermédiaire de leurs organisations professionnelles, obligeant chaque producteur à négocier individuellement ses tarifs avec des multinationales, car ces négociations collectives représentaient une entrave à la fameuse "concurrence libre et non faussée" chère à l’Europe. Là encore, si peu est dit par les formations politiques qui tiennent l’opinion. Enfin, le pompon de cette affaire est que dans certains de nos médias, on arrive même à faire des plateaux de télévision pour "débattre" des européennes où il y a 8 personnes autour de la table [2] et pas un, pas un seul, qui ait voté "non" en 2005. On a toutefois eu la chance de voir apparaître Nicolas Dupont-Aignan dans une lucarne, en duplex depuis son bureau de la mairie de Yerres (à 25 km de Paris ! il aurait pu venir en quelques minutes), qui a fait remarquer combien la scène était choquante. Pour finir, énonçons l’idée suivante : sur les questions européennes, tout notre débat démocratique est bloqué parce que nous n’avons pas de clivage pertinent pour représenter la diversité des opinions. Oui/non, pour/contre, pro/anti-européen, quelque soient les mots utilisés, cela ne va jamais bien au-delà de la caricature. Il faudrait que nous puissions dire qu’il y a des citoyens qui sont pour "cette Europe", et c’est leur droit le plus strict, mais il y en a aussi qui veulent une "autre Europe" qui ont le droit de faire entendre leurs espoirs, il y a des courants de l’opinion qui veulent "quitter immédiatement" l’UE et eux aussi ont le droit de s’exprimer sans se faire insulter, enfin il y a des citoyens qui veulent une réorientation complète de notre politique étrangère, qu’elle soit fondée sur "l’indépendance et la coopération" et non l’union, et eux aussi ont le droit de ne pas se faire accabler par les bien-pensants dont le bilan est catastrophique. Sur Europes 2009 un questionnaire en ligne essaie de rendre concrets ces différents types de réponses possibles, puis de donner une analyse et des diagrammes de "positionnement" et de "profil" afin que les internautes puissent comparer leurs réponses à celle des partis politiques. Il nous faut de toute urgence trouver des catégories dans lesquelles penser les politiques européennes, afin qu’un débat digne de ce nom puise avoir lieu, à défaut de quoi nous risquons que toute cette folle fuite en avant finisse très mal. [1] Pour vérifier par vous-mêmes, allez sur http://2004.epvote.eu/ cliquez sur "TEXTS", saisissez "A6-0114/2009", voyez les résultats généraux, par groupes parlementaires et par pays, cliquez sur le nom des pays pour voir ce qu’ont voté nos "chers" parlementaires. [2] "Mots croisés" du 25 mai 2009 Autres articles de la rubrique
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