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La fable du chasseur et de l’ours... et de l’électeur
Petite histoire gauloise à lire en période électorale
3 juin 2009, par
François BunnerIl est quelques fois difficile de parler avec justesse de certaines situations, mais une fable peut y parvenir avec beaucoup plus de facilité, surtout si elle est, ici ou là , un peu leste. Voilà donc une fable civique, avec sa morale, et comme toute fable qui se respecte, elle offre également une morale de sa morale. Un beau matin, un chasseur entra dans la forêt avec son fusil pour aller chasser l’ours. Au bout de quelques heures de recherche, il l’aperçut enfin. Il épaula, visa et tira, puis se précipita à l’endroit où était la bête. Mais arrivé sur place, il ne la trouva pas, quand soudain il sentit qu’on lui tapotait sur l’épaule. C’était l’ours lui-même, qui lui dit : « Tu as joué, tu as perdu, j’ai le droit de te donner un gage ! ». Et l’ours donna libre cours à ses passions lubriques. Le lendemain, notre chasseur, vexé d’avoir perdu, alla acheter un lance-roquettes et s’en retourna dans la forêt. Il avançait prudemment à la recherche de son ours quand au détour d’un bois il l’aperçut à nouveau. Il épaula, visa, c’était bien lui, il tira. Cette fois c’était la bonne ! Et il alla donc récupérer la peau de l’ours qu’il avait tué, avec un peu moins de précipitation que la veille toutefois. Mais arrivé sur place, comme le jour précédent, il ne trouva rien. Il cherchait encore quand soudain il sentit qu’on lui touchait l’épaule. C’était encore l’ours en personne, qui lui dit : « Tu as encore joué, tu as de nouveau perdu... ! ». Vous connaissez la suite... Le troisième jour, bien plus vexé de sa mésaventure que la veille, notre chasseur alla acheter un char d’assaut. Au moins, à l’intérieur de son char, il ne lui arriverait rien de fâcheux. Et il s’en retourna en forêt. Sachant dans quel secteur se trouvait son ours, il ne fût pas long, malgré le bruit, à le retrouver. Et alors, avec un soin extrême, il le visa, c’était bien lui, vérifia tous les réglages et tira. Cette fois, enfin, il l’avait eu avec certitude ! Il sortit donc de son char et alla chercher sa proie. Mais arrivé sur place, à nouveau il n’en trouva pas la moindre trace, quand subitement il sentit la tape caractéristique sur son épaule. C’était bien entendu l’ours en personne, qui lui dit : « Dis-moi, t’es sûr que ton truc c’est la chasse, ce seraient pas plutôt mes gages ? ». Et il le trombona joyeusement puisque l’autre lui en donnait si stupidement l’occasion. La morale de cette histoire Il paraît qu’il ne faut pas voir dans ce chasseur un électeur, surtout pas un électeur "sérieux", qui se préoccuperait du "progrès" ou de "l’intérêt général", ni un citoyen qui se serait fait cocufier par des promesses bidons d’un ours qui ferait de la politique — et dont l’électeur aurait d’ailleurs fait le succès à l’insu de son plein gré. Il n’est pas vrai non plus, qu’il existerait des "citoyens" à qui cette mésaventure serait arrivé bien plus de 3 fois et qui s’apprêteraient même à se faire couillonner une fois de plus en toute "innocence de cause" par des promesses incantatoires. Enfin, il n’est pas vrai que l’ours aurait dit : « Dis-moi, t’es sûr que ton truc c’est le civisme ? » ni, comme le rapportent d’autres, qu’il aurait ajouté : « Au début tu te berçais d’illusions, désormais tu fuis la réalité. » Les mauvaises langues ajoutent que l’ours aurait ricané en concluant : « Tu dévastes l’avenir avec tes niaiseries et en plus tu te réfugies dans l’illusion d’être la victime de ce qui t’arrive ! » La morale de la morale Tant que nous rêverons, ou que trop d’entre nous rêveront à des solutions miracles où l’unité de l’Europe résoudrait nos problèmes et les défis colossaux que notre temps nous lance, nous serons condamnés à ce que des puissances étatiques ou privées ayant de l’ambition s’emparent de la situation et nous "fassent notre affaire". Tant que nous rêverons qu’une bonne politique pourrait naître, comme ça, "à Bruxelles" ou dans un sommet, loin du débat démocratique, sans que nous prenions conscience des enjeux, que nous nous coltinions la rudesse de ces défis, que nous mûrissions des solutions pour les mettre en Å“uvre nous-mêmes et en porter les conséquences, nous serons condamnés à vivre de plus en plus mal à mesure que nos institutions actuelles seront encore dérégulées et soumises à des intérêts avides et déterminés. Tant que nous ne verrons pas que dans la dite "Europe", il y a trop de divergences dans les volontés politiques des différents pays et de leurs opinions publiques pour qu’une "politique commune" puisse avoir la consistance nécessaire et suffisante aujourd’hui, pour affronter les défis d’aujourd’hui (et pas un jour... peut-être...), nous serons condamnés à ce que des intérêts cyniques nous "règlent notre compte". Tant que nous choisirons cette forme d’irresponsabilité civique, en faisant les enfants quand il faut décider puis les victimes devant les résultats de notre inconséquence, nous trouverons toujours des brigands pour nous détrousser. Tant que nous nous livrons à ces illusions, il ne servira à rien de nous plaindre des conséquences, puisque nous n’aurons rien fait contre les causes (monnaie, finance, commerce international, politiques européennes, productivisme, statut de la France dans les relations internationales), au contraire, et nous aurons beau dire que nous sommes des "citoyens" faisant de la "politique", nous ne serons que de tristes pitres nous offrant à la domination des plus avides. Mais dormons tranquillement, tout ça n’était qu’une fable. Autres articles de la rubrique
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