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Retraites, tous réunis dans la même impasse
18 juin 2010, par
François BunnerLa situation engendrée par les propositions du gouvernement sur les retraites est plus grave qu’un simple mauvais projet : au-delà des désaccords, cette réforme révèle une communauté de pensée des acteurs du débat médiatique qui tous accréditent une façon calamiteuse de poser cette question des retraites, puisque de fait toutes les parties entérinent notre soumission à la globalisation.
Fausses évidences Bien sûr qu’il faut critiquer le gouvernement qui cherche à passer en force avant l’été (en pariant peut-être sur une éventuelle diversion type "jeux du cirque" due à la Coupe du monde de football). Bien sûr que la gauche et les syndicats ont raison de récriminer contre le fait que dans le projet gouvernemental l’essentiel du financement du déficit serait à la charge des salariés (alors que, par exemple, la crise actuelle est responsable de la moitié du dit déficit, crise pour laquelle les mêmes salariés ne sont pour rien du tout). Bien sûr que certains ont beau jeu de souligner que les récriminations précédentes font comme si l’économie française n’était pas confrontée à la concurrence internationale et donc facilement ponctionnable. Bien sûr que les analystes ont raison de signaler que la solution proposée ne règle pas tout au-delà de 2020 et qu’au train où vont les choses, il faudra donc remettre tout ça sur la table dans peu de temps. Une concession fatale à la globalisation Mais tout cela est très secondaire, car le vrai problème que nous pose le plan Woerth-Sarkozy-et-leurs-opposants, c’est qu’ils acceptent tous le cadre de la globalisation comme indépassable (globalisation entendue comme la conséquence des dérégulations monétaires, financières et du commerce international). En proposant ce plan ou en le critiquant comme c’est le cas, tous se résignent à entériner un partage de notre PIB (de la richesse produite par notre travail) dans les conditions de la globalisation. Or, dans cette globalisation notre système de retraite, comme la sécurité sociale en général, sont condamnés à se financer sur une source qui se tarit. Il faut que chacun le sache, nos retraites, comme la sécurité sociale en général, ne sont viables que dans une économie non dominée par la finance et moins ouverte au vent de la concurrence internationale des pays à bas coûts [1]. Nous épuiser face aux conséquences ou traiter les causes ? Il ressort que la première chose à faire, si nous voulons remettre en ordre notre sécurité sociale pour les temps qui viennent, c’est de concevoir et de mettre en Å“uvre le plus sérieusement du monde une stratégie qui attaque nos difficultés de financement au niveau de leurs causes, au lieu de nous débattre contre leurs conséquences. En clair, si nous voulons sauver nos retraites, il faut que nous fassions en sorte que notre pays propose un traité de re-régulation de l’économie mondiale qui puisse rassembler une coalition majoritaire d’Etats dans la communauté internationale, et ce avec plus de détermination que les simagrées par lesquelles les G20 ont jusqu’à présent prétendu s’attaquer au problème. Tôt ou tard, c’est d’ailleurs ce qui finira par être mis en Å“uvre, la seule chose en suspens étant de savoir combien de dégâts supplémentaires seront perpétrés avant. Pour mémoire, la fois précédente où une situation similaire s’est posée, il avait fallu attendre la fin de la 2ème Guerre Mondiale et le traité de Bretton Woods pour que de l’ordre soit remis dans la finance mondiale. Ceci dit, le contexte n’a jamais été aussi favorable que depuis que la crise actuelle nous frappe. Les critiques de toujours... sans portée « La belle affaire, mais c’est impossible ! » diront les beaux esprits qui dominent notre temps, comme leurs prédécesseurs qui dominèrent le leur. « Comment devrions-nous nous y prendre ? La France est trop petite, la seule possibilité qui s’offre à nous c’est d’entrer dans la voie d’un nouvel ordre européen. » Nouvel ordre européen qui est la version locale de la globalisation. Or, parmi les pays européens, il faut désormais être aveugle pour ne pas le voir, les aspirations, les façons de voir et les intérêts sont si hétérogènes, divergents même et parfois si éloignés de nos aspirations que jamais nous n’aurons d’accord suffisant pour, dans ce cadre des institutions de l’UE, nous dresser avec la vigueur nécessaire contre la globalisation. De plus, sachant que c’est par le biais de l’UE que l’essentiel des politiques de dérégulation qui se sont abattues sur nous ont été imposées, nous contenter d’attendre, qu’un jour peut-être, si les circonstances étaient suffisamment favorables, une majorité soucieuse de résister à la domination des oligarques globalisés veuille bien se dessiner, reviendrait à nous rendre complice de notre asservissement et à perdre notre temps. Nous avons besoin d’agir sans attendre. Notre pays est notre atout La France seule pèse plus sur la scène internationale que lorsqu’elle est corsetée par l’utopie de l’Europe. Elle est même attendue, ce qui contrarie beaucoup nos zélites pusillanimes et velléitaires, pressées comme toujours de collaborer avec la puissance dominante du moment. Ils tenteront bien sûr de faire passer notre volonté d’indépendance pour un nationalisme belliqueux conduisant au piège de l’autarcie. Ce ne sont que de perfides calomnies pour neutraliser le peuple et ses aspirations. D’ailleurs nous savons tous que la France a la possibilité de se faire entendre et d’infléchir le cours de choses, pour peu qu’elle se décide à le faire. On l’a vu pour l’exception culturelle en 1993, contre l’AMI en 1997, contre la guerre en Irak en 2003, contre le TEC en 2005 et c’est également de France qu’est parti, à la fin des années 90, le phénomène Attac, qui a popularisé dans le monde entier une certaine éducation populaire sur les questions économiques et financières et l’idée d’une possible régulation de la finance, idée qui a fait du chemin en 10 ans, puisque même à la City de Londres on accepte désormais d’envisager des taxes de type Tobin (entre temps certains ont mis la main sur Attac stérilisant son potentiel). Oui, contrairement à ce qu’on nous rabâche, les pays, les Etats, les nations existent sur la scène internationale et ils y ont une grande influence. C’est le cas tout particulièrement de notre pays pour peu que ses dirigeants aient un peu de courage et de ténacité. Et puisque de toute évidence courage et ténacité sont chez eux des vertus de moins en moins courantes depuis quelques décennies, il faudra qu’en citoyens nous nous insurgions contre leurs dérives qui condamnent notre avenir, si nous ne voulons pas finir esclaves. La trahison du 18 juin En conclusion, notons combien il est pathétique de voir, en ces jours où nous célébrons le 70ème anniversaire de l’Appel du 18 juin, nos zélites se gargariser de bons mots à ce sujet alors que toute leur pensée, toutes leurs convictions, tous leurs actes trahissent l’esprit, l’audace, le courage et la détermination qui sous-tendait l’Appel du général de Gaulle. Les conditions d’aujourd’hui sont fort heureusement totalement différentes de celles de juin 40, mais les défis qui sont lancés à notre civilisation sont également mortels, surtout pour ses dimensions sociales nées du programme du Conseil National de la Résistance. Notre époque ne requiert-elle pas un esprit de résistance, du courage, de l’audace et de la détermination, vertus dont l’Appel du 18 juin reste une source d’inspiration pour les citoyens de notre temps ? [1] Impact de la globalisation : lorsque les monnaies sont chahutées comme elles le sont actuellement, quand la finance est libre de faire circuler ses magots comme elle le veut et domine toutes les activités humaines, les entreprises et même les Etats, quand les "règles" du commerce international permettent d’aller produire là où les coûts sont bas et de vendre là où il reste encore du pouvoir d’achat, accepter de négocier dans ces conditions le financement de nos retraites est tout simplement inconséquent. Cela revient à accepter que la part du gâteau du monde du travail ne cesse de se réduire et de ce fait à nous obliger à devoir régler plus de problèmes économiques et sociaux avec moins de moyens. En France, dans le partage de notre PIB, nous, le monde du travail (salaires nets, cotisations sociales et impôts) avons perdu 10% de nos revenus en faveur de la finance depuis la fin des années 70 (depuis que la globalisation s’est imposée). En arrondissant, disons que nous sommes passés de 70% pour le monde du travail et 30% pour la bourse, à moins de 60% pour le travail et plus de 40% pour la bourse. Ces 10% de notre PIB (qui pèse actuellement un peu moins de 2000 milliards d’Euros) représentent donc un peu moins de 200 milliards d’Euros. Ainsi, si nous répartissions ces 200 milliards d’Euros, selon ces proportions en vigueur il y a 30 ans, sur les salaires net, les cotisations sociales et les impôts, nous aurions une économie où nos problèmes de pouvoir d’achat, de retraites, d’assurance maladie et de dette publique n’existeraient tout simplement pas. Autres articles de la rubrique
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