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B-A BA de civisme pour citoyens qui s’inquiètent de la globalisation
Les chambres de compensation
26 janvier 2007Si à la fin de cette année électorale 2007 les citoyens de notre pays n’ignoraient plus les grandes lignes de la globalisation, nous aurions fait un immense progrès. Nous avons, en effet, trop peu conscience des conséquences de notre ignorance sur ces questions qui ont bouleversé la donne politique. Elles ne sont pourtant pas d’une difficulté insurmontable. Commençons par les « chambres de compensation » qui sont au cÅ“ur de la globalisation et ont un impact colossal sur l’économie et la politique mondiale, et de là sur nos vies. Quand le commerce s’intensifie, il s’accompagne d’une activité dite de « compensation ». Pour facilité la compréhension, nous prendrons l’exemple du commerce mondial. La compensation Pour simplifier l’opération de paiement (aussi importante que le transport de la marchandise elle-même), les banques offrent leurs services. En fait, le paiement ne se fait pas directement entre les entreprises, mais entre les banques de ces entreprises. La banque d’un client paie la banque du fournisseur. Au final, les banques exécutent un grand nombre de ces opérations. Ce qui fait qu’au lieu d’opérer un transfert de banque à banque pour chaque opération individuelle, les établissements bancaires peuvent faire la somme de ce qu’ils ont reçu d’une banque donnée et de ce qu’ils doivent à cette même banque, puis en faisant la différence de ces deux totaux, se contentent de transférer en une fois le montant correspondant à cette différence vers celle des deux banques dont le solde était négatif. Cette technique s’appelle la compensation, en anglais "clearing". Elle consiste donc, au bout d’un laps de temps convenu, de faire la différence des sommes qui ont transité entre deux établissements, et de transférer cette seule différence, au lieu de le faire pour chaque opération individuelle. Les chambres de compensation Les banques centrales, par exemple, exercent ce rôle de chambre de compensation pour les échanges interbancaires d’un même pays. Une chambre de compensation, qui est une sorte de banque des banques, est d’abord un énorme coffre-fort où les banques affiliées ont commencé par déposer des "montagnes" de valeurs mobilières. Puis, lorsqu’une banque exécute une transaction, les titres ne bougent pas physiquement, c’est seulement le nom du propriétaire qui change dans les registres de la chambre de compensation. Historique Avec la croissance des échanges commerciaux internationaux, ces mouvements sont devenus plus nombreux, plus importants et leur coût croissait en proportion. Ainsi, à la fin des années soixantes, début soixante-dix, les plus grandes institutions bancaires intervenant dans le commerce international ont créé des chambres de compensations pour opérer à ce niveau. Elles sont toutes implantées dans le Bénélux. La première, Euroclear, fut créée à Bruxelles en 1968 et la deuxième Cedel en 1971 à Luxembourg (elle est devenue Clearstream en 1999). Il en existe une troisième moins importante, Swift, créé en 1973 à Bruxelles également, spécialisée dans le marché des changes (monnaies). Au fil des ans, les terminaux de leurs transactions sont passés des télex aux ordinateurs. Aujourd’hui, ce sont des réseaux d’ordinateurs qui sont interconnectés via l’internet, ce qui permet de changer le propriétaire d’un titre dans les registres informatiques de la banque des banques plusieurs fois par jour s’il le faut. Chaque banque affiliée à ces systèmes y a un compte et pour chacune des transactions qu’elle exécute, elle indique son numéro de compte, le type de transaction, le montant de la transaction et le numéro de compte de la banque destinataire. Inconnues du grand public, les chambres de compensation n’en sont pas moins les moteurs de la globalisation financière. C’est techniquement grâce à ces systèmes, depuis que les Etats ont cédé aux politiques de dérégulation, que l’argent passe aussi facilement par-dessus les frontières, a pu se libérer de toutes contraintes et domine les Etats et l’économie mondiale. Mais contrairement à l’argument (mensonger) que l’on a opposé il y a 8 ans aux citoyens qui réclamaient une taxe de type Tobin sur les transactions financières (Attac), ces opérations ne se font pas sans qu’on en ait de traces. Au contraire, leur traçabilité est parfaitement exécutée : il serait donc possible de taxer les transactions et même de reconstituer tous les mouvements financiers, licites mais surtout illicites (blanchiment, évasion fiscale, financement du terrorisme et autres malversations) à partir des archives des chambres de compensation. C’est en 2001 et 2002, grâce aux livres “Révélation$" et "La boîte noire" [1] du journaliste Denis Robert, que ces techniques ont été révélées aux grand public. Nous ne pouvons que vivement vous encourager à lire ces enquêtes qui se lisent comme des romans policiers. C’est aussi grâce à ces ouvrages et l’aide d’Ernest Backes et Régis Hempel, anciens employés de Cedel-Clearstream, que Denis Robert a révélé l’existence chez Clearstream de "comptes non publiés". Ces comptes non publiés permettent d’exécuter des opérations, notamment vers les paradis fiscaux, sans que cela apparaisse dans la comptabilité des banques, des institutions financières et des multinationales (qui légalement n’ont d’ailleurs même pas le droit d’avoir de comptes chez Clearstream). Voilà , à partir de maintenant vous tenez le bon bout du fil de la "pelote de la globalisation" qu’il va falloir que nous démêlions. [1] publiés aux éditions Les Arènes Autres articles de la rubrique
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