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Un ministère de l’identité nationale !?
N. Sarkozy dévoile ses projets gouvernementaux
10 mars 2007Invité de l’émission « A vous de juger » sur France 2, le 8 mars 2007, Nicolas Sarkozy a annoncé que s’il était élu, il créerait un « ministère de l’immigration et de l’identité nationale » et renforcerait pour les immigrants les exigences pour le logement, le travail ainsi que celles portant sur les rudiments de Français à leur arriver en France.
Il s’agit là , pour commencer, d’une mesure étrange sur la forme : c’était à l’instant où il annonçait qu’il voulait réduire le nombre de ministères à une quinzaine, ce qui est un bon principe, que N. Sarkozy a expliqué qu’il en créerait un nouveau, pour s’occuper de l’identité nationale... A quand le ministère du bon goût ? de l’éthique entrepreneuriale ? du fair-play ? Sur la forme toujours, on ne peut être que très surpris de cette proposition de la part de celui qui a été titulaire du ministère de l’intérieur pour la majeure partie de l’actuelle législature et qui a fait voter 2 lois sur le sujet, la dernière au mois de juillet dernier (il y a 8 mois), qui renforçait précisément les conditions mises en avant hier soir. Si ces lois étaient bonnes pourquoi les changer ? Si elles étaient mauvaises, il faudrait commencer par énoncer un bon diagnostic avant de s’adonner à cette fébrilité réorganisatrice. Patrick Weil (directeur de recherche au CNRS) faisait remarquer au journal de 13h00 sur France Inter le 9 mars, que les USA avaient eu un tel ministère, mais qu’ils venaient de le supprimer car ses résultats étaient mauvais. Alors certes, comme nous le répétons souvent, les exemples étrangers ne sont pas des arguments pertinents, chaque contexte étant globalement différent. Mais M. Sarkozy est coutumier de cette méthode qui consiste à chercher des idées de réformes à l’étranger, surtout dans les pays anglo-saxons. Pourquoi ne l’applique-t-il pas cette fois-ci ? Quoi qu’il en soit, avec P. Weil nous pouvons nous interroger sur la mise en pratique de ces mesures : imaginons un Français ayant épousé au Pérou, une Péruvienne avec qui il parlerait l’Espagnol, l’épouse ne parlant pas le Français ; quelle légitimité à interdire ce regroupement familial pour raison de carence linguistique avant l’arrivée sur le territoire ? Ce ne serait même pas compatible avec nos lois. D’autre part, depuis 2002, l’alphabétisation des migrants est à nouveau mise en place à l’arrivée de ceux-ci, ce qui est une bonne mesure (rappelons que cette alphabétisation avait été supprimée en 1977 par Lionel Stoléru qui vient d’annoncer sont ralliement à N. Sarkozy). Pourquoi demander désormais que les migrants aient été alphabétisés en français avant leur arrivée ? Par qui ? C’est bien mieux de le faire ici, comme premier contact. Passons rapidement sur les questions pratiques du fonctionnement de ce nouveau ministère : il annexerait une compétence du ministère de l’intérieur, qui s’occupe des flux, une autre du ministère du travail, qui s’occupe de l’intégration, une troisième de celui des affaires étrangères, qui s’occupe des consulats qui délivrent les visas. Cette division des responsabilités est pertinente et éprouvée, pourquoi en changer ? Faire collaborer des fonctionnaires des 3 ministères actuels prendra des années, pour quels bénéfices ? Un bénéfice d’identité ?? Mais toutes ces remarques ne sont rien au regard de ce qui suit, car fondamentalement, la proposition de Nicolas Sarkozy est scandaleuse et inacceptable parce qu’elle pose le principe d’un rapport antagoniste entre deux questions qui ne peuvent et ne doivent, sous aucun prétexte, être excitées ainsi : l’identité et l’immigration. Les associer comme l’a fait le candidat de l’UMP revient à les opposer et à suggérer que dans cette identité il n’y a pas d’altérité (elle serait un bloc homogène) qu’en conséquence l’immigration lui serait un problème tel qu’il faudrait un ministère pour la protéger. Au final, il stigmatise l’« autre » et laisse entendre que dans cette identité il n’y a pas de place pour lui, ce qui revient à déclencher deux sortes de démons : le démon xénophobe, qui a ce qu’il veut, et le démon communautariste, qui se voit offrir des circonstances rêvées où il peut se dire discriminé afin de prospérer. Ces deux frères ennemis ayant besoin l’un de l’autre pour exister. Or, notre identité nationale ne se définit justement pas ainsi, car elle est le fruit, non d’une essence, de quelque chose de préexistant, mais d’une aventure humaine toujours en train de se continuer, qui devient une construction juridique et politique où se mêle le meilleur de ceux qui vécurent et vivent là . Ainsi, sur le temps long, notre identité n’est ni référencée sur une essence pérenne, ni un héritage jetable dont on pourrait faire table rase. D’un point de vue sociologique, elle n’est ni une essence homogène, ni un kaléidoscope d’essences multiples, c’est-à -dire une mosaïque communautaire, où chaque groupe aurait le droit de pratiquer ses coutumes comme il l’entend. A ces certitudes identitaires mortifères des uns et des autres, la France n’a qu’une seule réponse à opposer, mais quelle réponse : continuer son histoire, sous la constellation des valeurs communes de l’humanité. En s’engageant sur la pente du "ministère de l’identité nationale", N. Sarkozy a peut-être cru donner le change à ceux qui, dans le spectre républicain, le suspectent d’encourager le communautarisme, ou à ceux qui, à l’extrême droite, veulent que la France soit une essence dans laquelle il faudrait ostensiblement s’anéantir, au point de devoir "franciser" ces menaçants "allogènes" débarquant chez nous pour les rendre compatibles avec une pureté préexistante. Mais dans tous les cas, que N. Sarkozy ait voulu satisfaire les premiers, les seconds ou les deux, cela revient au même, car en opposant « notre identité » avec celles des étrangers qui arrivent chez nous, il rompt avec l’idée qui fonde la France, à savoir qu’elle est une construction culturelle et politique fondée sur des valeurs universelles, une aventure humaine qui se déroule dans l’histoire. Et dans ce cas, on peut imaginer des ministères de beaucoup de choses —et surtout des ministres sachant combattre la globalisation— mais pas de "ministère de l’identité nationale", puisque notre identité est la résultante des politiques mises en place, du travail et de la vie que les Français auront pu mener dans ces cadres institués. Pour gouverner la France, Monsieur Sarkozy, il faut justement savoir trouver un équilibre entre les écueils de l’« identité ». Rompre avec cette sage tradition provoquera inévitablement des réactions en chaîne, à l’issue désastreuse. C’est aussi le pire outrage que nous puissions faire à notre pays et à notre nation de citoyens, dont le FN et les communautaristes avaient fait leur spécialité. Et ce n’est pas un hasard si le FN est le seul aujourd’hui à approuver cette idée funeste, les autres se manifesteront plus tard, quand ils pourront se présenter en victimes. Autres articles de la rubrique
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