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"Angélisme" contre "légende noire"
Considérations sur l’argumentation
31 mars 2007Ceux d’entre-nous qui font des efforts pour défendre la possibilité de la politique contre la pensée "libérale", ou le principe d’une intervention des pouvoirs publics sur le cours des choses, et en général, l’imposition de repères institués à la vie qui va, ont tous éprouvé de grandes difficultés avec leurs contradicteurs qui très souvent réduisent nos positions à une caricature de laquelle il est difficile de se défaire, ce qui compromet notre argumentation. L’objet de cet article est de présenter une façon de se dégager. Dès l’instant où vous aurez saisi la structure de ces arguments, vous tiendrez le fil d’Ariane d’une contre-argumentation très percutante. Vous ne serez pas surpris de constater que l’opposition ici décortiquée recoupe exactement celle de « l’Homme institué » et de « l’Homme spontané ». Exemples typiques :
A chaque fois, les repères, les références culturelles ou les institutions que nous pouvons invoquer pour parler de nos politiques (régulation, souveraineté, nation, autorité, défense, anti-fédéralisme, parmi tant d’autres), sont l’objet d’une « réduction à une légende noire ». S’appuyant sur le fait qu’une version déviée de ce dont nous parlons existe toujours en puissance (l’autarcie, le nationalisme, l’autoritarisme, le militarisme, etc. ce que personne ne peut nier, c’est juste humain ! mais ne sont-ils pas humains eux aussi...) nos contradicteurs s’autorisent à disqualifier par principe ce qui est dit. Ayant réussi à déclasser vos références et faire table rase de ce qui les précédait, ils peuvent alors sans difficulté introduire leurs idées angéliques qui, prétendent-ils, règlent le problème : la liberté des échanges (c’est-à -dire une version de celle-ci), l’épanouissement des enfants, une culture de la paix, l’unité de l’Europe, etc. dont les preuves restent toutes encore à faire. La riposte s’opère en deux temps. I. Désamorcer la "réduction à la légende noire" :
II. Dégonfler la baudruche de l’angélisme dont on n’a jamais vu le commencement d’une réalisation :
Pour toutes ces listes de chimères angéliques, bons sentiments, promesses utopiques, bonnes intentions, ils n’ont pas le début du commencement d’une preuve de pertinence à présenter, juste le même discours à servir sempiternellement. Donc, lorsque vous aurez réussi à remettre les choses d’équerre, la situation sera renversée : nos arguments seront dégagés de leur légende noire et les prétendues alternatives ramenées à ce qu’elles sont, des chimères dont la pratique est ou inexistante ou très problématique. Le débat, la discussion, pourront repartir sur des bases solides. L’opposition qui se joue là est en fait ce que nous avons appelé notre problématique clé : entre d’une part des repères institués transmis, qui nous précédent, nous inscrivent dans l’humanité et nous cadrent au cours de notre "carrière" d’Homme, et d’autre part une vision spontanéiste de ce que c’est qu’un Homme, qui affirme que ce qui nous fait Homme surgit de l’intérieur et n’est dû à personne. Les tenants de « l’Homme spontané », foncièrement enclins à toujours vouloir imaginer que la vie des Hommes s’auto-organise, spontanément, et qui sont résolus à ne pas accepter que des repères extérieurs à leur spontanéité viennent mettre des jalons à leur effervescence, seront toujours rétifs à admettre l’importance des repères symboliques transmis. D’où leur incoercible tendance à toujours caricaturer ce qu’ils identifient comme ne procédant pas de leur spontanéité, qu’ils drapent au contraire de discours angéliques. Rappelons-leur cette Pensée de Pascal : « L’homme n’est ni ange ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l’ange fait la bête. » (frag. 678) Enfin, quand on déformera vos propos de cette façon, demandez à vos interlocuteurs si lorsque leur chéri(e) leur dit « je t’aime », ils lèvent les bras au ciel en poussant des cris et en accusant leur tendre béguin d’être jaloux ? Car la jalousie est effectivement une perversion possible de l’amour. Normalement ils devraient convenir qu’on ne peut pas réduire l’amour à sa perversion. Demandez-en autant pour l’objet de votre discussion. Autres articles de la rubrique
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